Opération coup de poing en Espagne contre des supermarchés
Deux militants de gauche ont été arrêtés après avoir mené une opération "d'expropriation" d'articles
alimentaires dans deux supermarchés andalous. Un élu locale risque lui aussi d'être arrêté.
José Manuel Sanchez Gordillo, député régional du parti de gauche Izquierda Unidad et maire du village de Marinaleda qui
participe à l'occupation d'une grande propriété agricole andalouse, devrait recevoir prochainement une convocation pour
comparaitre devant la justice. Deux militants du Syndicat des Travailleurs Andalous (SAT) ont déjà passé la nuit au
commissariat à Séville et devraient bientôt être transférés devant un juge. "Nous savons que Sanchez Gordillo et peut-être
d'autres camarades vont être appelés à comparaître devant le juge mais pour l'instant la convocation n'est pas arrivée", a indiqué
jeudi à l'AFP José Caballero, un responsable du Syndicat (SAT)."
"La situation actuelle est très dure pour de nombreuses familles."
A l'appel du Syndicat (SAT), des manifestations ont eu lieu ce mardi pour protester contre le chômage et la situation économique
de l'Andalousie. L'idée de ces manifestations étaient de s'emparer d'une vingtaine de chariots de nourriture dans deux
supermarchés « pour que les gens puissent manger »comme l’a expliqué le porte-parole national du SAT, Diego Cañamero, qui
se trouvait à la tête de la manifestation. "Les gens n’ont pas d’argent pour payer leur maison, ni l’électricité, ni eau. Il y a des
personnes endettées dans les villes et les villages et de nombreuses familles ont l’eau coupée. C’est pour cela que nous sommes
venus faire cette proposition " a-t-il ajouté.
L'un des supermarchés visés, a accepté de céder aux manifestants du SAT douze chariots sans porter plainte contre cette action.
En revanche la chaîne de supermarchés Mercadona, l'une des deux visées par l'action, a porté plainte contre le SAT pour le vol de neuf chariots et le ministère de l'Intérieur a lancé mercredi un mandat d'arrêt contre les membres du commando, dont José
Manuel Sanchez Gordillo faisait parti.
Ces formes de protestations coup de poing ne sont pas s'en rappeler celles utilisées par des associations françaises telles que "l'appel et la pioche", qui organisent des "pique-niques "imposés dans les supermarchés pour dénoncer les marges de la grande
Deux militants de gauche ont été arrêtés après les vols de nourriture dans deux supermarchés andalous, une opération coup de poing qui pourrait aussi mener devant le juge un élu local, José Manuel Sanchez Gordillo, célèbre pour son franc parler. Ce député régional du parti de gauche Izquierda Unida et maire du village de Marinaleda, qui participe à l'occupation d'une grande propriété agricole andalouse et avait mené l'un des raids, devait recevoir une convocation pour comparaître devant la justice. "Nous savons que Sanchez Gordillo et peut-être d'autres camarades vont être appelés à comparaître devant le juge mais pour l'instant la convocation n'est pas arrivée", a indiqué jeudi José Caballero, un responsable du Syndicat andalou des travailleurs (SAT). Deux autres militants ayant participé à l'opération coup de poing "ont été arrêtés et ont passé toute la nuit au commissariat à Séville", a-t-il ajouté.
Les deux hommes ont été entendus par un juge qui a ouvert des poursuites contre eux pour vol et action sous la contrainte, puis remis en liberté dans la journée. José Manuel Sanchez Gordillo a passé la nuit de mercredi à jeudi avec un groupe de militants de gauche, dont José Caballero, dans un campement improvisé de tentes et matelas à même le sol, protégés des températures record par des tonnelles de fortune. Depuis 17 jours, ils occupent cette finca de 1.200 hectares, appartenant au ministère de la Défense, pour réclamer une meilleure répartition des terres dans cette région du sud de l'Espagne où se perpétue la tradition des grands propriétaires terriens.
Voler pour redistribuer aux pauvres
Jouant les Robin de bois, le maire et un groupe de militants ont fait irruption mardi dans deux supermarchés de Ecija et de Arcos de la Frontera, en Andalousie, remplissant des chariots de produits alimentaires, en affirmant vouloir les redistribuer à des cantines populaires. La chaîne de supermarchés Mercadona, l'une des deux visées par le raid, a porté plainte, et le ministère de l'Intérieur a lancé mercredi un mandat d'arrêt contre les membres du commando. Cette affaire fait polémique alors que la crise qui sévit en Espagne est particulièrement dévastatrice en Andalousie, région du sud frappée par l'éclatement de la bulle immobilière en 2008, où 33,92% de la population est au chômage.
LE MONDE | 29.08.2012 à 19h28 • Mis à jour le 30.08.2012 à 10h19
Par Sandrine Morel
Héros ou vandale ? Humaniste au grand coeur ou marxiste mégalomane ? Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire depuis trente-
trois ans de la petite commune de Marinaleda dans la province de Séville, en Andalousie, député au Parlement régional pour
Izquierda Unida, la gauche unie (écolo-communistes, IU), et membre du Syndicat andalou des travailleurs (SAT), concentre au
moins autant de critiques que de louanges sur sa personne.
Connu pour avoir mené, dans les années 1980 et 1990, des campagnes d'expropriation visant à redistribuer la terre aux paysans
ou pour avoir développé l'autoconstruction de logements sociaux loués 15 euros par mois, celui que la presse a vite surnommé le
"Robin des bois andalou" est revenu sur le devant de la scène médiatique en août, après avoir conduit une opération symbolique
du SAT dans deux supermarchés de la région. Le 7 août, à Arcos de la Frontera et à Ecija, des dizaines de personnes ont rempli
une vingtaine de chariots de denrées de première nécessité avant de partir sans payer. Ils ont ensuite distribué le butin à
différents services sociaux et aux habitants dans le besoin de La Corrala Utopia, à Séville, un ensemble de quatre immeubles
vides squattés depuis trois mois par trente-six familles en situation de "danger social", selon les termes des "indignés" qui ont
organisé l'occupation et leur relogement.
"CE N'EST PAS UN VOL"
"Ce n'est pas un vol, se défend M. Gordillo. Un vol, c'est ce que font les banques qui achètent de la dette à la Banque centrale
européenne à 0,7 % et la vendent à l'Espagne à 7 %. Ce que nous avons fait est un acte d'insoumission pour dénoncer le fait qu'il
existe des familles qui ne peuvent pas se payer de quoi manger."
L'action, qui plus est menée par un élu, a provoqué un vif débat dans une Espagne rongée par la crise où les actes de
désobéissance civile, certes pacifiques mais qui touchent tous les échelons de la société, se multiplient à mesure qu'augmente la
pauvreté et que grandit un sentiment d'injustice sociale.
Occupations d'édifices privés à l'abandon par des personnes dans le besoin, rassemblement massif pour empêcher les huissiers
d'appliquer les ordres d'expulsion immobilière, opposition de médecins et d'infirmiers à la consigne de ne pas soigner les
immigrés sans papiers comme l'exige une nouvelle loi, ou encore refus de plusieurs présidents de région d'appliquer les coupes,
dans la santé et l'éducation, que demande le gouvernement central, sont autant de signes de la colère des Espagnols, de leur
désespoir aussi, alors que 25 % de la population active est sans emploi et qu'1,7 million de foyers comptent tous leurs membres
au chômage.
En Andalousie, la situation est encore plus dramatique. Région touristique et agricole ayant subi de plein fouet l'explosion de la
bulle immobilière, elle est la plus frappée par la crise, avec un taux de chômage de 34 % et même de 63 % chez les jeunes de
moins de 25 ans.
Mais cela justifie-t-il le vol de supermarchés ? Les deux grands partis ont rapidement condamné l'action de M. Gordillo, et le
parquet andalou a ouvert uneenquête. Mais une majorité d'Espagnols a approuvé son geste, comme en témoigne le sondage
réalisé sur le site du journal pourtant conservateur El Mundo, selon lequel 54 % des internautes ont considéré que "le hold-up"
était "justifié".
50 % DES TERRES DÉTENUES PAR 2 % DES PROPRIÉTAIRES
M. Gordillo, de son côté, a décidé de surfer sur le vent de rébellion qui souffle en Andalousie et a organisé des "marches
ouvrières" à travers les provinces andalouses pour exiger "l'abolition des coupes budgétaires et de la réforme du travail" - le
gouvernement de Mariano Rajoy prétendant économiser plus de 100 milliards d'euros en deux ans, par le biais de l'augmentation
de la TVA, de la baisse du salaire des fonctionnaires ou encore de la réduction des aides aux chômeurs. M. Gordillo plaide aussi
pour "la cession des terres publiques aux travailleurs", "la fin des expulsions immobilières", ou encore pour que "les dettes des
banques soient payées par les banques", en référence à l'aide de 100 milliards d'euros sollicitée par le gouvernement auprès de
l'Union européenne pour recapitaliser le secteur.
La troisième "marche ouvrière" a eu lieu lundi 27 et mardi 28 août, dans la province de Cadix, puis ce sera celles de Grenade,
Malaga et enfin Séville, du 5 au 7 septembre. L'occasion de sensibiliser l'opinion sur la situation des travailleurs agricoles. "Avec
l'éclatement de la bulle immobilière et la destruction des emplois dans la construction, il y a deux fois plus de personnes qui
postulent pour travaillerdans les champs. Mais il n'y a pas de travail pour tout le monde", explique Lola Alvarez, responsable du
SAT de Cordoue, qui coordonne l'occupation du domaine public de Somonte. Propriété du gouvernement andalou, ce terrain de
400 hectares inutilisé, avec trois bâtiments vides, est occupé illégalement depuis le 4 mars par vingt-cinq personnes qui y
cultivent de quoi se nourrir. "Il n'est pas acceptable, alors que des familles sont contraintes de faire
les poubelles à la sortie des supermarchés, qu'une terre aussi fertile ne soit pas exploitée", poursuit Mme Alvarez.
"En Andalousie, 50 % des terres sont détenues par 2 % des propriétaires", dénonce aussi M. Gordillo, qui soutient les "récupérations de terres". En 1991, le maire avait obtenu du gouvernement andalou l'expropriation du duc del Infantado,
jusqu'alors principal propriétaire terrien à Marinaleda. Il en a fait une coopérative municipale employant plus de quatre cents
personnes, devenue le symbole de sa gestion particulière. Aujourd'hui, le mouvement d'expropriation connaît un nouveau souffle,
alors que l'Andalousie s'enfonce dans la misère.
edit.: lien incongrus
Última edición por jean-michel; 26/05/2013 a las 12:26 PM
28 mai 2013 La terre est aux chevaux et aux ânes qui y paissent...
Acharnement politique et judiciaire contre Sanchez Gordillo et Marinaleda
Jean ORTIZ Le secrétaire du Syndicat andalou des travailleurs et député ("Gauche Unie") au parlement andalou est traîné une nouvelle fois devant les tribunaux espagnols, pour avoir, le 24 juillet 2012 et durant l’été 2012, occupé, avec 500 ouvriers agricoles, une grande propriété improductive appartenant à l’armée ("Las Turquillas", 1200 hectares). L’armée y élevait , blague à part, quelques ânes, en attendant d’acheter des drônes...
En Andalousie la terre appartient à ceux qui ne la travaillent pas, qui la possèdent par héritage familial ou vol (après la Guerre d’Espagne, les "vainqueurs" s’approprièrent de nombreux biens de familles "rouges"). L’oligarchie néo-franquiste possède des "cortijos" (propriétés) à perte de vue, pendant que des milliers d’ouvriers agricoles attendent sur la place du village que "el amo" (le maître) vienne les embaucher quelques jours à l’année.
Le syndicat andalou SAT pratique donc la "désobéissance" face à un ordre injuste, et des actions "illégales", mais ô combien légitimes, pour obtenir une authentique réforme agraire. Il occupe les terres oisives... pendant que l’armée espagnole occupe des pays lointains. Pour avoir campé pacifiquement sur un bien du ministère de la Défense , le SAT et Juan Manuel Sanchez Gordillo, son secrétaire général, ainsi que 52 militants , sont accusés "d’usurpation", de "désobéissance, de vol et autres "dégâts", par le Tribunal de Justice d’Andalousie. Le Tribunal évalue les "dégâts" à 794,14 euros... Colossal !! Le millième d’une chasse royale à l’éléphant. Et quel peut être "le prix" des près de 37% de chômeurs andalous ? Le prix des malversations dont se sont rendus coupables le gendre du roi et son infante d’épouse, un temps mise en examen, puis relaxée sur intervention royale dit-on ?
Selon le magistrat instructeur, les manifestants brisèrent une chaîne (quel beau symbole !) pour pénétrer sur cette riche terre où paissent, sur 1200 hectares, quelques ânes et chevaux... Les occupants voulaient y travailler, la faire prospérer... Insupportable "délit d’usurpation" et d’atteinte à la tranquillité des bourrins, leur signifia la garde civile, qui pacifia si bien l’Espagne après la guerre. Les gueux eurent même le culot de mettre un panneau proclamant "Egalité et Terre". Le magistrat en est atterré. La garde civile filma le crime qui sera présenté à la prochaine mostra de Carabanchel (ex-prison franquiste madrilène). Les vandales, se croyant tout permis, installèrent un campement sauvage pour dormir sur place et travailler la terre occupée. Ils utilisèrent même des abreuvoirs comme douches et s’emparèrent d’outils de labour abandonnés par les militaires.
Le 26 juillet, ils firent flamber 18 fagots de paille avec risque d’incendie, sans doute pour fêter l’assaut de la caserne Moncada par Fidel Castro.
Le 7 août, le "tribunal d’instruction numéro un de Osuna" ordonna l’expulsion des intrus, qui refusèrent d’obtempérer pendant 48 heures.
Le capitaine de "l’Institut armé" qui se rendit sur le front, déclara , désarmé, "avoir eu un peu peur" en rencontrant les leaders des rebelles. A Bagdad, il aurait fait dans son froc...
Incorrigibles, le premier mai 2013, les sans terre andalous ont occupé à nouveau le terrain et refusent aujourd’hui de répondre aux questions de la justice ; ils ne se sont même pas rendus à sa convocation. Ne pas se rendre : un impardonnable délit ; un acte de courage qui mérite toute notre solidarité. Les insoumis risquent de lourdes peines... Marinaleda, une utopie concrète. Jean Ortiz
Disponible : « Marinaleda, l’ardente impatience », vidéo-documentaire de Dominique Gautier et Jean Ortiz).